Journée mondiale des malades 2021 : Réflexion sur le sens de la souffrance

Journée mondiale des malades 2021 : Réflexion sur le sens de la souffrance

Journée mondiale des malades 2021 : Réflexion sur le sens de la souffrance

Le sens de la souffrance peut être médité sur plus d’un angle. Si la société d’aujourd’hui cherche à tout prix à la faire disparaître au profit du plaisir instantané et de la superficialité, elle n’en reste pas moins présente dans la vie de chacun, sous une forme ou une autre. En effet, qui peut vraiment dire n’avoir jamais souffert?

Ainsi, méditant sur sa présence dans nos vies, nous en arrivons à constater son utilité, voir sa nécessité.

La réflexion qui suit porte sur ce que la souffrance peut nous apporter d’abord au niveau personnel pour ensuite s’étendre au niveau du bien commun, dans ce qu’on pourrait appeler la communion des âmes.

 

Au niveau personnel :

La souffrance comme un chemin de connaissance de soi, de libération et d’épanouissement en Dieu.

« Souffrir passe, avoir bien souffert demeure éternellement » …Cette phrase bien connue est de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, qui l’a elle-même repris de la Vénérable Louise-Marie de France, fille du Roi Louis XV et devenue carmélite en 1770 sous le nom de Thérèse de Saint-Augustin. Celle-ci disait : « Souffrir passe, avoir souffert ne passe pas. »

Quel grand mystère est contenu en ces simples mots! Le mystère des profondeurs humaines…

La vie ici-bas ne peut se dérouler sans qu’il y ait souffrances d’un genre ou l’autre. Toutefois, ces souffrances, qu’elles soient physiques, morales ou spirituelles, ne doivent pas être vues comme des punitions sur lesquelles nous nous arrêtons, et parfois nous révoltons. Elles sont au contraire de puissants outils de libération, de connaissance de soi et d’avancement. C’est en ce sens qu’il faut comprendre « avoir souffert ne passe pas », car tout le bagage acquis ne disparait pas alors que la souffrance en elle-même oui, elle finit par passer.

L’expression de Thérèse ajoute cependant un élément de plus qui fait une différence significative : « avoir BIEN souffert demeure éternellement ». Mais qu’est-ce donc que bien souffrir?

On doit l’admettre, quand il nous arrive de grosses épreuves très douloureuses, nous avons rarement le sentiment de « bien souffrir » ou encore nous nous sentons traverser ces passages « tant bien que mal » … Nous nous sentons bien souvent dévastés, écrasés sous le poids de nos difficultés, nos misères, nos impuissances… Mais c’est là précisément que vient un moment clé. En acceptant de vivre pleinement ces sentiments, qui s’apparente à mourir à soi-même, c’est-à-dire à notre « moi-égo », nous faisons place à une puissance plus grande que nous en nous, celle de la Miséricorde d’un Dieu-Amour, qui nous porte dans ses bras pour nous conduire vers une nouvelle rive.

Et c’est un peu cela « bien souffrir » …accepter! Accepter de se laisser dépouiller de nos certitudes aveuglées, nos défauts que nous vantons comme des qualités, en un mot se dépouiller du « vieil homme » …pour revêtir l’homme transfiguré!

Par la souffrance acceptée généreusement, un mystérieux miracle se produit lorsque dans ces abîmes de profondeur, nous touchons notre néant, ce qui fracture notre coquille pour enfin laisser entrer la plénitude. Et quoi donc peut être plénitude sinon la Source même de l’univers, Celui qui est Vie, Amour et Lumière! Dès que nous faisons de l’espace en nous-même, la Lumière y pénètre et cette Lumière Divine nous éclaire et nous permet de nous voir dans toute notre réalité, tels des êtres créés à l’image de Dieu dans un amour infini. De cette vérité part toute véritable connaissance de soi. En effet, de se savoir (« voir – ça ») à l’image de Dieu nous fait prendre conscience de la dimension sacrée de notre être. Dès lors nos perspectives se trouvent changées et nous voyons clairement ce qui, dans nos attitudes et comportements, doit être changé pour correspondre pleinement à ce trésor sacré en nous, cette étincelle de divinité appelée à grandir.

Dans l’étude de la vie des saints et des grandes figures spirituelles de tous temps, nous retrouvons toujours ce moment charnière, ce revirement qu’on appelle conversion, où la prise de conscience du potentiel de l’étincelle divine transfigure leur vie à jamais. Ils ne peuvent plus désormais ne vivre que pour leur égo, mais se voient investis du devoir impérieux de ne vivre que pour faire s’épanouir cette étincelle en un feu immense.

 

Au niveau du bien commun :

La souffrance transcendée fait place à l’Amour

La souffrance bien acceptée videra progressivement l’âme de ses encombrements et la purifiera de toutes souillures pour la laisser remplie de ce qui est la substance même de l’univers : l’Amour. En effet, lorsque le feu divin a tout consumé, qu’il n’y a plus rien, il ne reste que l’Amour.  

Parmi ces âmes qui en sont arrivées à vivre ainsi par amour, pour l’amour et en l’amour, certaines se sont parfois offertes pour porter des souffrances dont les effets rédempteurs seront attribués à d’autres âmes. C’est en quelque sorte le sommet de l’amour. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » a dit Jésus.

Donner sa vie, ce peut être aussi le don de soi complet, le don qui va jusqu’à s’offrir soi-même pour porter les souffrances de ceux et celles qui n’ont pas la force de les porter. Ainsi, dans une mystérieuse communion des âmes à travers le corps mystique du Christ, et par la Miséricorde infinie de Dieu, les mérites accumulés des uns peuvent se déverser sur d’autres comme un surplus de grâces qui fera pression pour enfin percer leur carapace et qui les aidera à se libérer de leurs propres chaînes.

Si le Christ Rédempteur, par toutes les souffrances de sa vie et de sa Passion, nous a ouvert les portes de la Vie éternelle, Il a aussi voulu une coopération de notre part à la rédemption de nos frères et sœurs en Lui.

La Bienheureuse Marie-Catherine de Saint-Augustin est une de ces âmes ayant eu la vocation sublime même si douloureuse, de collaborer avec le Sauveur en tant qu’âme réparatrice ou co-rédemptrice. Elle a tout supporté par amour des âmes, afin que celles-ci connaissent enfin la joie de posséder Dieu en plénitude. Les grâces dont elle avait bénéficié dans sa propre expérience spirituelle, elle ne pouvait que les désirer aussi pour les autres, car son cœur était rempli d’un feu d’Amour qui devait se déployer pour continuer de vivre. En effet, le feu et l’amour ont les mêmes propriétés : pour rester allumés, ils doivent premièrement être nourris par un combustible, deuxièmement ne pas être étouffés, mais se transmettre, à défaut de quoi ils s’éteindront.

 

Conclusion

Il convient donc non pas de rechercher la souffrance pour elle-même, mais de l’accepter lorsqu’elle se présente dans nos vies sous quelque forme que ce soit et de l’utiliser pour monter vers Dieu en se dépouillant du « moi ». Rappelons-nous aussi que tout ce que Dieu nous envoi est taillé sur mesure en fonction de nos capacités. Dieu est Amour, Il n’est pas bourreau. S’Il nous envoi parfois de plus grande épreuve, c’est qu’il nous veut plus près de Lui. Le chemin est parfois rude? ...N’oublions pas que la récompense en vaut la peine, car lorsqu’il n’y a plus rien, il y a encore l’Amour…et posséder l’Amour c’est tout posséder!

 

Geneviève Bernier
11 février 2021


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