24 janvier : Fête de Saint François de Sales

24 janvier : Fête de Saint François de Sales

24 janvier : Fête de Saint François de Sales

Dans la vie de Catherine de Saint-Augustin, la communion des saints se vit d’une façon toute particulière. D’abord, elle est constante et fait partie de son quotidien comme si son âme était sans cesse reliée à la vie du Ciel. Elle est de ces mystiques ayant les deux pieds solidement ancrés au sol, attentive à tous les détails temporels de la vie ici-bas, tout en ayant l’âme si rivée à Dieu qu’elle vit pour ainsi dire à la fois « ici-bas et là-haut ».

C’est ainsi que maintes fois, il lui arrive de « voir » ou d’« entendre » des âmes de l’au-delà ou d’être témoin de faits à distance sans y être physiquement et de savoir les nouvelles avant qu’elles lui parviennent par l’intermédiaire des moyens terrestres.

Dans le cas de Saint François de Sales, elle le mentionne deux fois dans son journal, à deux occasions différentes. Celui-ci est décédé en 1622 et fut canonisé en avril 1665.

La première fois qu’elle le mentionne, c’est le 2 août 1666. Voici ce qu’elle en dit :

« Étant grièvement malade et en danger de mort; le soir environ deux ou trois heures après avoir reçu le saint Sacrement, je tombai dans une espèce d'assoupissement, quoi qu'il me semble que mon esprit fût pour lors très libre. Je vis pendant cet espace qui dura peu, saint François de Sales, lequel tenait en sa main une fiole pleine de miel liquide. Il me paraissait comme élevé en l'air au-dessus de moi; le Père de Brébeuf était plus proche et à côté de moi; il fit un petit signe au Saint et à plusieurs de mes Saints Patrons qui y étaient aussi; ils regardèrent vers la fiole, et aussitôt le bon Saint la versa toute sur moi; et je fus toute pénétrée de cette liqueur, qui était si corrosive, que je n'ai jamais ressenti un feu pareil. Dans ce même moment tous mes hôtes me quittèrent, et ne sont revenus que le jour de saint-Augustin. On me dit qu'il fallait encore vivre, et que je n'avois pas encore souffert suffisamment. » (Paul RAGUENEAU, La vie de la Mère Catherine de Saint-Augustin, 1671. p.205)

La deuxième mention est faite le 30 octobre 1667.

« Le 30. Octobre 1667. Étant à Matines le soir, environ les sept heures et demie; et ne songeant actuellement qu'à me bien acquitter de l'Office, je fus transportée en esprit jusques à l'entrée du Paradis; où étant arrivée, je vis que saint François de Sales y faisait entrer avec lui une âme qu'il venait de tirer du Purgatoire. J'avais proche de moi le Père de Brébeuf, qui m'avait introduite en ce lieu. Je lui demandai qui était cette âme, dont saint François de Sales avait pris un si grand soin: il me répondit que c'était la Reine de Pologne. J'eus aussi envie de savoir s'il n'avait pas pris soin de sa Filleule. Je voulais parler de la sœur aînée de Monsieur de Lauzon de Charny, qui était morte à Paris le 28 Juin de la même année 1667. Religieuse de la Conception, rue Saint Honoré, qu'on appelait la Mère Marie des Séraphins. Cette bonne Religieuse m'avait été recommandée très particulièrement, et elle était filleule de saint François de Sales. Le Père de Brebeuf me répondit, que saint François de Sales avait eu soin d'elle; et me faisant regarder en haut, je la vis placée beaucoup au-dessus de la Reine de Pologne, et couronnée d'une gloire infiniment plus éclatante. Le Père me fit entendre qu'il y avait longtemps qu'elle était au Ciel: et je connus clairement que son humilité lui avait acquis une gloire très spéciale. Je la regardais avec une grande tendresse, et je lui dis diverses choses, lui adressant seulement ma pensée; à quoi elle me répondit. Tout ceci dura très peu de temps; mais il a fait une forte impression sur mon esprit, et m'a puissamment aidé à surmonter l'impression de la peine que je porte contre ma vocation. Je lui demandai ce qui l'avait rendue plus agréable à Dieu durant sa vie: Elle me dit que c'était le soin qu'elle avait pris de s'humilier en toutes choses, et de se mettre peu en peine de l'estime des créatures. Elle me dit des merveilles de l'excellence de la Vie Religieuse, où l'obéissance consacre et relève infiniment les plus petites actions de vertu.

Je la priai de nous envoyer son bon frère, notre digne Supérieur qui était allé en France; elle me le promît, et ajouta, qu'elle se souviendrait de moi. Je sentis pour lors beaucoup de consolation et de liaison avec elle.

La Reine de Pologne était décédée le 10 mai de la même année 1667. » (Idem p.189)

Le passage qui précède nous fait voir la reine de Pologne accompagnée par Saint François de Sales pour son entrée au paradis. Mais qui était donc la reine de Pologne en 1666 et pourquoi Saint François de Sales en particulier a-t-il été présent à ce moment où son âme naissait au Ciel? Quelques faits historiques pourraient nous en donner un indice...

La reine de Pologne à cette époque était Louise-Marie de Gonzague, une princesse française de la maison de Gonzague-Nevers. En 1646, elle épouse le roi de Pologne. Par la suite, elle fait venir en Pologne trois ordres religieux nouvellement créés en France dont l’Ordre de la Visitation de Sainte-Marie, fondé en 1610 par Saint François de Sales et Sainte Jeanne de Chantal.[1] Si nous ne savons pas de façon précises les liens mystérieux qui peuvent unir les âmes, ce fait historique peut tout de même nous apporter un certain éclairage sur les raisons de la présence de ce saint auprès d’elle pour la faire entrer au paradis.

Puis, ce qui est surtout à noter dans ce passage, c’est que Catherine « voit » une religieuse, filleule de Saint François de Sales, « placée beaucoup au-dessus de la Reine de Pologne, et couronnée d'une gloire infiniment plus éclatante. » Et elle ajoute que cette gloire lui venait de l’humilité profonde qu’elle avait eu durant sa vie. C’est là un merveilleux exemple que la gloire terrestre n’est rien en comparaison de la gloire éternelle parfois acquise dans une vie humble et simple. Il faut donc chercher avant tout le perfectionnement dans les vertus, peu importe dans quelle forme de vocation Dieu nous a placé.

 

[1] https://heritage.bnf.fr/france-pologne/fr/louise-marie-de-gonzague-nevers-art

 


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