La dévotion au Cœur Immaculé de Marie et Catherine de Saint-Augustin

La dévotion au Cœur Immaculé de Marie et Catherine de Saint-Augustin

La dévotion au Cœur Immaculé de Marie et Catherine de Saint-Augustin

Les origines de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie au Canada prennent source dans la vie de Catherine de Saint-Augustin, qui en fût l’instigatrice ici.

Mentionnons d'abord que c'est Saint Jean Eudes qui, le premier, répandra en France cette dévotion au Cœur de Marie. Ardent prédicateur et missionnaire, il prêchera un peu partout en France, surtout en Normandie. C’est là que, vers 1643, la petite Catherine fera sa connaissance, alors qu’elle a environ 11 ans. L’âme de cette fillette, déjà brûlante d’amour pour celle qu’elle prend pour sa maîtresse et reine, comprend alors facilement le message de Jean Eudes. Celui-ci, afin de transmettre clairement et simplement l'amour de Dieu pour chaque âme, utilisera le symbole du cœur… quel meilleur symbole en effet que celui par excellence pour parler d'amour; le cœur? Il attira donc les âmes à connaître davantage les mystères d'amour que contiennent les cœurs unis de Jésus et de Marie. Il convient de souligner que lorsque l’on emploie le terme cœur, il s’agit non pas de l’organe physique, mais désigne plutôt l’âme supérieure ou l’intériorité profonde de la personne. Le dictionnaire nous donne les définitions de « siège des sentiments profonds » et de « siège des pensées intimes »[1]. Il est donc aisé de comprendre en quoi les cœurs de Jésus et de Marie recèlent des trésors infinis.

Ainsi, Catherine fût influencée et guidée dans les voies de la perfection par Saint Jean Eudes lui-même, selon que le déclare le décret sur l’héroïcité des vertus de Marie-Catherine de Saint-Augustin, signé à Rome le 9 juin 1984. Cette rencontre entre ces 2 grandes âmes mariales fût déterminante…Rencontre providentielle qui permit de transmettre cette dévotion du Cœur de Marie jusqu’au Nouveau Monde qui naissait petitement déjà. Catherine, toute jeune, n’était alors même pas encore entrée au monastère de Bayeux, mais Dieu, dans sa sagesse infinie, savait qu’elle serait un jour, pas si lointain, missionnaire en Nouvelle-France. C’est d’ailleurs lors de cette rencontre que Jean Eudes lui prédit « qu’infailliblement elle serait religieuse ». Elle fait alors les 3 vœux suivants: prendre la sainte Vierge pour sa mère, ne jamais commettre aucun péché mortel et vivre en perpétuelle chasteté.

Son amour de la sainte Vierge, déjà présent en son cœur depuis sa tendre enfance, s’intensifie au contact de ce prédicateur inlassable et apôtre enflammé. Cet amour, qu'elle veut faire « augmenter dans son cœur et dans le cœur de tous les hommes », selon qu'elle l'écrit dans sa première consécration à Marie dès l'âge de 10 ans, la conduira à s'engager pour la Nouvelle-France, là où sa vocation l'attend. Sans doute la Vierge l'avait-elle choisie, comme pour d'autres femmes pionnières à l'âme mariale, pour venir semer en cette terre nouvelle l'amour béni de Marie. Cette terre est alors providentiellement appelée Nouvelle-France, car elle est le « berceau de la France », dont l'histoire est profondément marquée par des signes manifestes de la protection maternelle toute spéciale de la Reine des cieux. Le vieil adage regnum Galliae, regnum Mariae : le royaume de France est le royaume de Marie, nous confirme cette prédilection. Ce royaume devient même concrètement, politiquement le sien pourrait-on dire, par le « vœux de Louis XIII » qui lui consacre solennellement sa couronne par l'Édit officiel dont voici un extrait :

(...)À ces causes, nous avons déclaré et déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et nos sujets(...)

Cet édit du 10 février 1638, soit 10 ans seulement avant l'arrivée de Catherine et 1 an et demi avant l'arrivée des 3 premières hospitalières, fût enregistré comme loi du royaume par le Parlement et ratifié par l’épiscopat et par le peuple français.

Sachant ainsi combien Marie est « protectrice spéciale » de la France, il n'est pas étonnant qu'elle se penchât avec tant de sollicitude sur les premiers pas de ce berceau français et qu'elle y appela des âmes déjà toutes données à elle, comme pour y marquer que la Nouvelle-France est son domaine tout autant que sa mère la France.

La jeune Catherine, qui s'était consacrée à Marie dès l'âge de 10 ans, par un acte de donation totale, était l'âme désignée pour transplanter en Nouvelle-France le culte du Cœur de Marie.

Enfin, comme pour marquer du sceau de la providence le fait que Catherine de Saint-Augustin apporte en Nouvelle-France ce que saint Jean Eudes travaillait à faire connaître en France, elle touche terre à Québec le 19 août 1648, jour qui deviendra la fête de saint Jean Eudes puisqu’il est mort le 19 août 1680. De plus, c’est en 1648 que ce culte fût reconnu officiellement en France et que fût célébré liturgiquement pour la 1ère fois la fête du Cœur de Marie.

Grâce à elle, cette dévotion s’enracina profondément dans le cœur des religieuses. C’est aussi particulièrement par sa fonction de maîtresse des novices qu’elle inculqua à ses filles l’amour de la Vierge en leur parlant des beautés du cœur immaculé de Marie.

Ainsi, par son influence, appuyée par Mgr de Laval, la dévotion se propagea. Puis, après le décès de Catherine, c’est Mgr de Saint-Vallier, successeur de Mgr de Laval, qui la rendra officielle. « Lorsqu’en 1690, par une protection toute spéciale attribuée à Marie, Kébec fût délivré d’une attaque des Anglais, la Mère Juchereau de Saint-Ignace, novice de prédilection de Catherine de Saint-Augustin et première supérieure canadienne, saisit l’occasion pour solliciter et obtenir l’autorisation de célébrer annuellement, le 3 juillet, la fête du Saint Cœur de Marie avec l’office de la messe composée par Jean Eudes. De plus, elle obtint de Mgr de Saint-Vallier un mandement public faisant connaître à tout la diocèse l’autorisation déjà donnée et invitant les fidèles à la solennité. »[2]

De génération en génération, la dévotion au Cœur immaculé de Marie prît de plus en plus une place importante au cœur de la population. Soyons donc reconnaissant à Dieu et sa sainte Mère d’avoir choisi Catherine de Saint-Augustin comme instrument pour nous transmettre cette si belle dévotion qui réchauffe les cœurs. De nos jours, la fête du Cœur immaculé de Marie est célébrée le samedi, suivant la fête du Sacré-Cœur de Jésus.

 

 G.B.

 

[1] (Le Petit Larousse 2008, p.217)
[2]Lise Tanguay, Des femmes missionnaires dans le sillage de Marie, Sillery, Qc, 1988.


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